• Jeanne

    Assise au bord du lac, Jeanne fixait ses pieds. La couleur de ses chaussures avait disparue sous la boue. Quelques brindilles volaient au vent dans ses cheveux blond. Dans l'eau verte et sans fond, des canards causaient en cassant la croûte. Plus loin les petits suivaient, difficilement, mais suivaient. Elle pris une grande inspiration et pointa son doux regard vers le ciel ensoleillé. Quelques larmes commençaient à couler le long de ses joues rosies d'enfant. Dans sa tête, les questions fourmillaient.

    Pour arriver ici, elle avait couru, longtemps, elle ne sait pas combien de temps, mais longtemps. De temps à autres, elle traversait les buissons et enjambait les flaques. Essoufflée elle s'est effondrée par terre et ne s'est plus relevée.

    "Pourquoi?" Susurra-t-elle entre ses lèvres...

    Les mots lui manquait. Pas les larmes. Ni le chagrin.

    Les canards, partis depuis peu laissaient place à des carpes beaucoup moins bavardes. En voulant épousseter ses chaussures, elle manqua de glisser vers l'avant. Elle était bien trop près du bord.

    Au bord du lac, elle y allait souvent avec son cousin quand ils étaient petits. Avec des bottes, une épuisette et un seau, ils dansaient, chantaient. Oh ils n'avaient jamais rien attrapé, mais c'était suffisant. Son père pouvait toujours courir, crier de prendre gare à ne pas glisser dans l'eau et se noyer, les deux cousins s'en fichaient.

     

    Maintenant il pleut. Ses cheveux ruissellent sur sa blouse. Elle lance des cailloux dans l'eau. Le plus loin possible. Mais jamais trop brutalement. Il ne s'agirait pas d'effrayer les animaux. Jeanne avait toujours été très douce. Pourtant elle adorait la vitesse. Surtout sur la luge de son cousin. Il glissait très vite et zigzaguait entre les rochers. C'était effrayant mais amusant! Jeanne s’agrippait de toutes ses forces à la veste grise devant elle. Les sapins défilaient à une allure folle et les maisons au loin se baignaient dans le coucher de soleil. Les cheveux au vent, elle prenait une grande inspiration pour vérifier que ce n'était pas un rêve, et fermait les yeux.

     

    Il commence à faire froid. Jeanne se recroqueville sur elle même et ferme les yeux. Un bruit la fait sursauter. Ce sont des ivrognes qui traînent sur la route.

    "Il ne faut jamais parler aux inconnus!" Se souvient-elle.

    Son cousin à toujours été très protecteur envers elle. Comme un papa de substitution.

    Ses petits poings se serrent et les larmes s'intensifient. 

    Hier soir, on a envoyé des soldats réquisitionner François, le cousin de Jeanne.

    Maintenant, il n'y a plus d'hommes à la maison.

     

    Jeanne a 20 ans, ce n'est qu'une enfant.

    On est en 1942, et pour pleurer, Jeanne n'a plus que ses yeux.


  • Commentaires

    1
    Dimanche 15 Mars 2015 à 20:11

    J'aime beaucoup! c'est beau, et bien écrit.

    Tu devrais écrire plus souvent toi! ;)

    2
    Dimanche 15 Mars 2015 à 20:56

    Merci beaucoup :')

    3
    Mercredi 2 Novembre 2016 à 09:24

    Vraiment très beau, et émouvant quelques part. Tes mots sont très bien choisis au bon moment.

    Je sais que cet article date un peu, comme le précédent que j'ai commenté, mais je ne résiste pas à donner mon avis, et je trouves dommage qu'il n'y ai pas d'avantages d'articles dans cette rubrique !

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