• Petites histoires ♥

    J'ai toujours adoré écrire ... J'ai longtemps eu un projet d'écriture, une histoire que j'ai en tête depuis la fin de la 4ème, et à laquelle je pense toujours aujourd'hui !

    Mais celle-ci est très longue, et c'est un projet de grande envergure auquel je n'ai pas le temps de me consacrer ...

    Néanmoins, de temps en temps, j'écris de courtes histoires !

    Je me suis rendue compte qu'elles étaient rarement joyeuses, mais je tenais quand même à les partager :)

    Petites histoires ♥

    Bonne lecture ! ♥

  • Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

     

    Ses paupières battaient frénétiquement. Ses pieds au sol butaient l'un après l'autre contre le mur mal insonorisé. Dans un geste précis, ses doigts allaient et venaient dans un travail minutieux. La poitrine compressée, Alice tentait de maintenir un souffle régulier la bouche entre-ouverte. Dans sa tête résonnait une chanson.

     

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

     

    Brutalement, elle s'éloigna de son bureau en se poussant avec ses bras sur le rebord. C'était trop pour elle, elle ne parvenait plus à respirer, comme si une présence s'amusait à étouffer lentement son cœur. Au milieu de sa chambre, elle cherchait quelque chose, n'importe quoi, un objet quelconque de substitution auquel elle pourrait peut-être transmettre sa douleur. Son regard se riva sur sa bibliothèque. Elle parcouru les livres avec attention, il ne s'agirait pas de détruire ses biens. Elle en trouva finalement un, « Marc et Leïla », un roman qu'elle avait reçu comme cadeau d'un collègue d'un de ses parents. Elle ne l'avait jamais lu et ne comptait pas le faire de si tôt. Jeté sur son lit, elle se mit à arracher les pages unes à unes.

    Quand elle eu enfin terminé, elle s'affala sur le tas de feuilles. Ses larmes redoublèrent d'intensité tandis que ses doigts se crispaient de plus en plus. La tristesse accumulée laissait maintenant place à une colère beaucoup plus amère. Elle se réinstalla à son bureau, plus furie que jamais. Son pied sur la pédale, les mains presque trop proches de l'aiguille, elle repris son travail.

     

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

     

    Le fil allait à une allure folle, et son pied semblait éprouver un malin plaisir à tester les limites de la machine en appuyant constamment plus fort sur la lourde pédale. Dans un élan de rage elle jeta son téléphone à terre, s'agrippa de toutes ses forces à quelques de ses mèches brunes et parvint à arracher des cheveux. En se laissant tomber à quatre pattes sur le sol, elle ouvrit plus grand la bouche. La douleur au niveau de son cœur se contrôlait de moins en moins et la nausée se faisait de plus en plus imposante. Elle suffoquait, avait des semblants d'étouffements, chaque muscles, chaque parcelle de son corps, était crispé. Partagée entre une profonde solitude et une immense colère, elle rencontrait un mal-être inégalé. Auparavant fixant le sol, ses yeux dérivèrent sur la vieille pédale grise. De sa main gauche, elle s'en apparat et appuya fermement dessus.

     

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

    Tsssssshkekekeke

     

    Maintenant toujours plus fort la pédale dans ses mains, elle approcha ses yeux de l'aiguille qui aillait de plus en plus follement sur la pauvre pièce de tissus ravagée par la couture effrénée et trop brutale. A quelques millimètres seulement de l'aiguille, elle voulut s'en approcher encore, fascinée et au bord des vomissements. Ses yeux surmontaient des cernes violacées qui ne pouvait que contraster avec un visage plus pâle que jamais. Alors qu'elle fermait les yeux pour mieux aller, un son vint la troubler. Lâchant la pédale, et se retourna et posa son regard sur le téléphone fissuré. Un signal annonçait qu'un message lui était destiné. Lisant le nom de l'envoyeur, son cœur se serra encore plus. Quand le message fut lu, elle tomba sur ses genoux. La déception, un dur sentiment semblait refaire surface. Ce n'était pas le bon message. Ou peut-être le message n'était pas de la bonne personne. Ou peut-être bien les deux. Ce n'était pas le message attendu, et en plus pas de la bonne personne. Épuisée, elle vint poser sa tête à même le sol et relut encore une fois le message non désiré de la mauvaise personne. Dans cette abondance de mal-être, elle se mit à rire par tant de désespoir.

     

     

    « Non, je ne viens pas ce soir. »


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  • Assise au bord du lac, Jeanne fixait ses pieds. La couleur de ses chaussures avait disparue sous la boue. Quelques brindilles volaient au vent dans ses cheveux blond. Dans l'eau verte et sans fond, des canards causaient en cassant la croûte. Plus loin les petits suivaient, difficilement, mais suivaient. Elle pris une grande inspiration et pointa son doux regard vers le ciel ensoleillé. Quelques larmes commençaient à couler le long de ses joues rosies d'enfant. Dans sa tête, les questions fourmillaient.

    Pour arriver ici, elle avait couru, longtemps, elle ne sait pas combien de temps, mais longtemps. De temps à autres, elle traversait les buissons et enjambait les flaques. Essoufflée elle s'est effondrée par terre et ne s'est plus relevée.

    "Pourquoi?" Susurra-t-elle entre ses lèvres...

    Les mots lui manquait. Pas les larmes. Ni le chagrin.

    Les canards, partis depuis peu laissaient place à des carpes beaucoup moins bavardes. En voulant épousseter ses chaussures, elle manqua de glisser vers l'avant. Elle était bien trop près du bord.

    Au bord du lac, elle y allait souvent avec son cousin quand ils étaient petits. Avec des bottes, une épuisette et un seau, ils dansaient, chantaient. Oh ils n'avaient jamais rien attrapé, mais c'était suffisant. Son père pouvait toujours courir, crier de prendre gare à ne pas glisser dans l'eau et se noyer, les deux cousins s'en fichaient.

     

    Maintenant il pleut. Ses cheveux ruissellent sur sa blouse. Elle lance des cailloux dans l'eau. Le plus loin possible. Mais jamais trop brutalement. Il ne s'agirait pas d'effrayer les animaux. Jeanne avait toujours été très douce. Pourtant elle adorait la vitesse. Surtout sur la luge de son cousin. Il glissait très vite et zigzaguait entre les rochers. C'était effrayant mais amusant! Jeanne s’agrippait de toutes ses forces à la veste grise devant elle. Les sapins défilaient à une allure folle et les maisons au loin se baignaient dans le coucher de soleil. Les cheveux au vent, elle prenait une grande inspiration pour vérifier que ce n'était pas un rêve, et fermait les yeux.

     

    Il commence à faire froid. Jeanne se recroqueville sur elle même et ferme les yeux. Un bruit la fait sursauter. Ce sont des ivrognes qui traînent sur la route.

    "Il ne faut jamais parler aux inconnus!" Se souvient-elle.

    Son cousin à toujours été très protecteur envers elle. Comme un papa de substitution.

    Ses petits poings se serrent et les larmes s'intensifient. 

    Hier soir, on a envoyé des soldats réquisitionner François, le cousin de Jeanne.

    Maintenant, il n'y a plus d'hommes à la maison.

     

    Jeanne a 20 ans, ce n'est qu'une enfant.

    On est en 1942, et pour pleurer, Jeanne n'a plus que ses yeux.


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